L’institut

« L’institut » de Stephen King.

2020. Ed. Albin Michel.

Résumé:

Au milieu de la nuit, dans une maison d’une rue calme de la banlieue de Minneapolis, des intrus assassinent en silence les parents de Luke Ellis et l’embarquent dans un SUV noir. L’opération prend moins de deux minutes. Luke se réveillera à l’Institut, dans une chambre qui ressemble à se méprendre à la sienne, sauf qu’il n’y a pas de fenêtres. Et derrière sa porte se trouvent d’autres portes, derrière lesquelles se trouvent d’autres enfants aux talents spéciaux – télékinésie et télépathie – qui sont arrivés ici de la même manière que Luke: Kalisha, Nick, George, Iris et Avery Dixon âgé de 10 ans. Ils sont tous dans la Moitié Avant. Luke apprend que d’autres sont passés à la Moitié Arrière, ‘comme les motels crasseux’, déclare Kalisha. “On y entre, mais on n’en ressort pas.’


Dans la plus sinistre des institutions, la directrice Mme Sigsby et son personnel s’efforcent sans merci à extraire de ces enfants la force de leurs extraordinaires dons. Il n’y a pas de scrupules ici. Si vous faites ce qu’on vous dit vous recevez des jetons pour les distributeurs automatiques. Si vous ne le faites pas, la punition est brutale. A chaque nouvelle victime qui disparaît dans la Moitié Arrière, Luke devient de plus en plus désespéré à l’idée de sortir et de chercher de l’aide. Mais personne ne s’est jamais échappé de l’Institut.

Mon avis:

C’est toujours avec beaucoup d’impatience que j’attends le nouveau Stephen King. On ne sait jamais par avance où il va nous emmener. Et c’est justement ça qui est jouissif. Donc le voici donc arrivé, le nouveau cru du maître de l’horreur.

Avec « L’institut », King nous plonge dans un roman différent de ce à quoi il nous habitue généralement. Pas de monstre surnaturel caché derrière une sombre porte. Ici, l’auteur nous embarque dans un récit, certes surnaturel, mais surtout social.

En effet, des enfants aux pouvoirs spéciaux qui sont utilisés à des fins non-avouables (enfin oui et non, mais pas de spoil, promis) King nous pose une question: Jusqu’où peut-on aller pour justifier le bien général en lieu et place de l’intérêt personnel?

Un livre de Stephen King se lit souvent à plusieurs niveaux.

Le premier? C’est bien simple, une histoire où des gamins possèdent des pouvoirs surnaturels et des adultes, vraiment cruels, les utilisent et les maltraitent. Ils doivent donc trouver un moyen de s’en sortir. Et à ce premier niveau, c’est un sans faute de l’auteur. L’intrigue est assez bien fournie et les personnages sont bien dosés. Le propos est juste et maîtrisé.

Mais on peut souvent, avec Stephen King, observer au minimum un autre niveau de lecture. Pour « L’institut », le deuxième niveau de lecture est plutôt clair. La maltraitance des enfants. Sujet cher à l’auteur (« Carrie », « Ça », « Shining » etc…) il met, ici, en avant la maltraitance institutionnalisée. Dans un système de santé qui va mal au Etats-Unis et où les établissements de santé mentale sont souvent décriés, King met ici en avant les dérives d’un système malade où soins médicaux sont prodigués sans ménagement et avec brutalité.

Avec « L’institut », King se fait également plaisir politiquement parlant. Il n’aime pas Trump (qui le lui rend bien) et il le fait savoir. Dans une Amérique où Obamacare est mis à la poubelle et où les inégalités se creusent, King prend position. Le sytème défend ceux qui en ont les moyens et laisse de côté les plus démunis (ici, les enfants). Le système les écrase et les réduit à néant sans remord. Un système impitoyable que nous devons tous, comme les enfants, combattre sans relâche.

Au final:

Un très bon cru cette année. Le roman se laisse dévorer sans complexe et c’est avec regret qu’on referme les aventures de Luke et de ses amis particuliers.

Une histoire bien foutue et des personnages intéressants, que demander de plus pour passer un bon moment lecture?

Le Ferry

« Le Ferry  » de Mats Strandberg

2019. Editions Bragelonne (poche)

Résumé:

Ce soir, mille deux cents passagers se réjouissent de faire la traversée maritime entre la Suède et la Finlande, à bord du ferry luxueux qui les emporte sur la mer Baltique. L’espace de vingt-quatre heures, ils abandonnent derrière eux leur vie quotidienne et se laissent aller à être quelqu’un d’autre. Mais le mal rôde à bord. Et au cœur de la nuit, au milieu de la Baltique, il n’y a pas d’échappatoire possible. Surtout quand tout contact avec la terre ferme est mystérieusement coupé…Si face à l’adversité certains se comportent en héros, cette nuit fatidique fait parfois surgir le pire chez d’autres – et à mesure que les disparitions inexplicables s’enchaînent, il devient vital que le ferry n’arrive jamais à destination…
Bienvenue à bord du Baltic Charisma.

Mon avis:

Le quatrième de couverture est vraiment très alléchant. On espère entrer dans une histoire sombre qui nous laisse éveillé la nuit.

Et malheureusement, cela ne le fait pas. Et pourtant les bases de l’intrigue sont efficaces. De mystérieuses disparitions. Une atmosphère pesante. Donc on se demande où ça coince.

Déjà, il y a beaucoup trop de personnages.

Ensuite, les chapitres sont courts. Très courts.

Et l’un nuit à l’autre. Les personnages trop nombreux avec un chapitrage court ne nous permet absolument pas de s’attacher et de s’intéresser à ce qui va leur arriver.

Enfin, Strandberg nous en dit trop et ça beaucoup trop vite. Il fait le choix de l’ambiance pesante en lieu et place du mystère. On sait ce qu’il se passe et on ne s’attache pas des masses aux personnages.

Au final:

Problème de traduction? Roman trop rapide? Trop de personnages?

Peut-être. Oui. Et oui.

On aurait pu passer un excellent moment lecture et malheureusement ce n’est pas le cas. C’est limite un peu pénible. J’ai tout de même continué mais cela a été difficile.

Donc, au final, de grandes attentes pour une grande déception.

Les voies du bonheur /Le secret d’Edwin Strafford

robert Goddard-Edwin Strafford

 

« Les voies du bonheur/ Le secret d’Edwin Strafford »
« Past Caring », Robert Goddard, 1986. Ed. le Livre de Poche (2014)
 

Résumé:

1977 : Martin Radford, jeune historien londonien dont la carrière universitaire a été brisée par un scandale, arrive sur l’île de Madère. Il y rencontre Leo Sellick, un millionnaire sud-américain, qui habite une superbe villa, naguère propriété du mystérieux Edwin Strafford, mort en 1951.
Homme politique de premier ordre, promis à un brillant avenir, Edwin Strafford a été en 1908, à l’âge de 32 ans, ministre de l’intérieur du cabinet Asquith, aux côtés de Lloyd George et de Churchill, avant de démissionner brutalement en 1910 et de quitter la vie politique sans explication aucune pour disparaître dans l’anonymat.
Les raisons de cette rupture inexplicable sont elles dans le manuscrit de ses mémoires, retrouvé dans la villa ? La lecture passionnée qu’en fait Martin pose beaucoup plus de questions qu’elle ne donne de réponses. En particulier sur le rôle d’Elizabeth, une jeune suffragette – ces militantes activistes qui revendiquaient le droit de vote pour les femmes dans un Royaume-Uni très conservateur – avec qui Strafford a vécu une histoire d’amour passionnée.
Fasciné par les énigmes qui jalonnent le destin de Strafford, Leo Sellick propose à Martin de le rémunérer pour éclaircir cette étrange affaire. Mais alors que son enquête progresse, Martin va vite comprendre que cette histoire est loin d’être finie, et que, dans l’ombre, beaucoup ont encore intérêt à ce que le voile ne se lève jamais sur le secret d’Edwin Strafford

Mon avis:

Mon avis: Cela faisait un petit moment que ce roman trônait dans ma PAL. Toujours autre chose à lire. Autre chose à faire. Mais, en 2020, la résolution est d’enfin faire baisser cette PAL (elle devient gigantesque, c’est affolant).

Je vais commencer par l’histoire en elle-même. Au début, elle semble simple. Un manuscrit caché, un secret inavoué et un homme chargé de faire le tri dans tout cela.

Simple donc. Une énigme et une quête. Or, au fil des pages, l’intrigue se complexifie. Mystères, trahisons, les ingrédients commencent à former un cocktail très efficace.

Les rebondissements sont bien amenés. Un peu trop bien amenés parfois car certains ne se révèleront pas être de grandes surprises. Ce n’est pas une impression générale, certains rebondissements sont effectivement efficaces. Il faut bien se rendre compte qu’avec un roman aussi long, il est difficile de ne pas souffrir de quelques longueurs. Mais ici, elles sont, dans un sens, nécessaires puisqu’elles amène les transitions de récit. Donc pas de problème dans ce secteur.

Par contre, est-ce que le roman aurait pu être plus court? Probablement que oui. Car certes, les longueurs sont parfois bénéfiques à un repos mérité du lecteur, mais si elles ne sont pas assez dosées, on peut vite s’ennuyer. Ici, on frôle parfois l’ennui sans vraiment s’y plonger. L’intrigue reste efficace et le lecteur y trouve son compte.

Ensuite la structure en elle-même. Il est ici important de s’y attarder une minute. Il est parfois ardu de garder un bon rythme lorsqu’on se base sur une intrigue historique: flashbacks, chapitrage différent. Les techniques sont diverses et permettent une fusion de deux époques différentes. Dans ce roman, Goddard ne fait pas vraiment de scission puisqu’il intègre son récit historique dans son histoire contemporaine grâce à l’existence d’un journal intime retrouvé. Pratique donc. De plus, cela permet aux lecteurs de ne pas avoir de séparation dans le texte, ce qui permet de rester toujours dans la même structure, ce qui est plutôt agréable.

Enfin, les personnages. On les suit, pour certains, pendant des guerres, une situation politique chaotique (les suffragettes) et une vision de la vie qui nous est maintenant désuète.

Mais en 1977, Martin est un jeune historien qui marche en terrain connu. Martin, justement, notre personnage principal, apparaît directement comme un jeune homme sympathique et pour qui on éprouve directement une certaine affection. On s’attache à lui et malgré ce qu’on apprend de lui au fur et à mesure des pages, on continue à l’apprécier. Pourtant, c’est peut-être lui qui a le moins d’évolution au fil des pages. Comparé à Elizabeth ou Leo, Martin reste assez linéaire jusqu’à la toute fin où il révèle une facette de lui qu’on ne voit pas forcément venir. Goddard parvient à nous enfumer et envoie ses personnages dans des directions qui surprennent le lecteur.

Au final:

On passe un bon moment. Que cela soit l’histoire, les personnages ou le style, tout est agréable à lire.

Attention que certaines longueurs peuvent parfois décourager mais ce roman vaut la peine qu’on s’y attarde.